La veillée de Thaïs de Solmiracle (Bicolline) Retirée dans les appartements privés d’un ancien hôtel particulier, Thaïs de Solmiracle vit ses derniers instants. Philanthrope, mécène et figure marquante des cercles artistiques et de collectionneurs, elle est aujourd'hui clouée à l'étage de l'auberge qu’elle a fait aménager, affaiblie par un mal que nul apothicaire n'a su guérir. Certains parlent d’une maladie implacable, beaucoup murmurent, à voix basse, qu’un poison aurait pu sceller son sort. Mais peu importe l'origine: la fin approche, et avec elle, l'heure du jugement.
Sans foi ni clergé tout au long de sa vie, Thaïs cherche désormais à sauver ce qui peut l'être; son âme.
Dans un geste aussi rare que solennel, elle ouvre les portes de l’un de ses fameux salons artistiques, jadis réservés aux élites, à celles et ceux qui prétendent parler au nom du sacré. Représentants de croyances, lettrés et dévots sont ainsi conviés à ce qui pourrait être sa dernière veillée.
Mais Thaïs, fidèle à son amour pour la beauté, l'extravagance, et la démesure, ne se contente pas de simples prières. Elle s'attend à recevoir ses invités dans toute la splendeur de leurs atours. Elle exige plus que des paroles. Elle attend des invités parés de toîlettes extraordinaires, des rituels flamboyants et des manifestations d'art à profusion.
Elle cherche à discerner, parmi les voix du divin, à qui confier son salut. Et dans le même souffle, à remettre sa précieuse collection à ceux qui sauront la préserver, non seulement dans sa forme, mais dans son sens. Car l’art, pour elle, fut toujours plus qu’un plaisir; il représente l'expression de l'âme humaine, et peut-être, une passerelle vers l'éternité… avant la tombée du rideau. |