 O rigines et formation
Avant de rejoindre la Horde de Gorghor Baey, Nameloc menait une vie simple et tranquille. Fils d'un aubergiste répondant au nom d'Aldric dit « le Sourd », il travailla dès l'enfance comme cuisinier dans l'établissement familial. Ce n'était point là un métier de hasard : Nameloc avait pour les quantités, les stocks et les approvisionnements une mémoire que bien des marchands lui auraient enviée. On dit qu'il connaissait le contenu de chaque barrique de sa cave sans avoir à l'ouvrir, et qu'il n'avait jamais, en vingt ans, laissé manquer une seule denrée un soir de grande affluence.
Ses qualités ne s'arrêtaient pas aux fourneaux. Observateur discret des conversations de table, il avait acquis une connaissance pratique des affaires du monde : comment se traitent les contrats, comment se calculent les distances entre deux provinces, comment s'estiment les hommes entre eux à la façon dont ils tiennent leur écuelle.
L'entrée au service de la Horde
En l'an 998, la Horde revenait de la Grande Bataille où elle avait été engagée pour empêcher la capture de la Pierre de Lune par les Elfes Noirs. Sur le champ de bataille, ses hommes avaient combattu et vaincu. Mais les Elfes Noirs, par quelque hasard que les chroniques qualifient avec gêne de « pure chance », avaient découvert la Pierre cachée dans la forêt. Victoire des corps, défaite de l'âme — le genre de résultat que les hommes de Gorghor Baey supportent fort mal, et qu'ils s'empressèrent de noyer abondamment dès la première occasion. Cette occasion se présenta à l'auberge de l'Écu Tordu, tenue par Aldric « le Sourd », non point par infirmité mais parce qu'il feignait de ne rien entendre dès qu'on parlait de lui régler l'addition.
La Horde y séjourna deux jours et deux nuits. Elle avait, il est vrai, quelque chose à célébrer en marge de sa déconvenue : elle avait remporté le Trollball — malgré une disqualification initiale dont les détails restent obscurs — et le pillage du village des Cordélians en cours de route avait suffi à remettre certains esprits d'aplomb. Mais la Pierre de Lune restait aux mains des Elfes Noirs, et cela cuisait. Ce qui advint précisément de la cave à vins, de la grande salle et de la grange à porcs durant ces deux nuits demeure à ce jour un mystère — les témoins survivants refusent d'en parler, et Aldric devint, cette fois-là, authentiquement sourd. Nul ne songea à accuser quiconque en particulier, surtout pas Nameloc, fils de l'aubergiste, qui avait cuisiné pour la troupe avec le soin et la diligence qui le caractérisaient. N'empêche : lorsque Gorghor Baey réclama réparation au moment de partir, ses yeux tombèrent sur le jeune cuisinier, et sa sentence fut brève comme à l'accoutumée : il repartirait avec un homme en guise de dédommagement. Aldric fit mine de ne pas voir les protestations de son fils. Nameloc baissa la tête, porta la main à son cœur en signe de soumission filiale, et suivit Gorghor Baey sans un mot — cachant de son mieux, derrière un air de résignation convenable, la joie indécente d'enfin pouvoir découvrir le monde.
Cuisinier, concierge, et maître du bâtiment
Ses premières années au sein de la Horde furent celles d'un homme qui apprit à garder ses habitudes dans un milieu qui n'en avait aucune. Il cuisina, prit note de ce que mangeait chacun, de ce que chacun gaspillait, et commença à tenir ce que l'on pourrait appeler, avec beaucoup d'indulgence pour la sobriété du terme, un registre de maison. On y trouvait : les noms des fournisseurs avec qui on pouvait traiter honnêtement, ceux avec qui il valait mieux envoyer quelqu'un d'autre, les périodes de l'année où le prix des bêtes de somme montait, et une liste — tenue à jour avec une régularité méticuleuse — de tout ce qui avait été brisé, perdu ou « emprunté » au sein de la Horde depuis son arrivée.
Devenu concierge, il étendit ce gouvernement domestique à l'ensemble des installations. On lui doit, dit-on, l'idée d'un système de clés numérotées pour les réserves — innovation qui parut à certains membres d'une sophistication suspecte, mais dont l'utilité s'imposa lors du grand inventaire de l'an 1002, quand on découvrit qu'une quantité non négligeable de provisions avait mystérieusement transité vers des lieux non répertoriés. L'enquête, menée par Nameloc lui-même avec une discrétion qui força le respect, ne désigna publiquement aucun coupable — mais les disparitions cessèrent.
La construction de l'Hostel Ghoria (1005)
C'est à Nameloc, en sa qualité de concierge, que fut confié en l'an 1005 l'intendance du chantier de l'Hostel Ghoria, aux côtés de Matémorh l'architecte. Le partage des rôles fut, à ce qu'on rapporte, d'une clarté exemplaire : Matémorh décidait de ce qui devait être construit, et Nameloc de ce qu'on avait les moyens de construire. Jamais les deux ne se confondirent. Nameloc tint le livre des dépenses avec une exactitude qui étonna les artisans habitués aux pratiques plus approximatives des chantiers militaires. On dit qu'il dormait sur place les dernières semaines, non par zèle excessif, mais parce que sa chambre était trop éloignée et que l'odeur du méchoui du soir l'y retenait de toute façon.
La gestion du couronnement impérial (1006)
En l'an 1006, pour le couronnement de l'Empereur-Dieu Gorghor Baey, Nameloc fut chargé avec Anyanka de la rédaction et de l'envoi des invitations, ainsi que de la coordination générale de l'événement au sein de l'Hostel Ghoria. Les chroniques notent que la cérémonie, à laquelle assistèrent les plus grands nobles des Terres du Centre, se déroula avec une ordonnance remarquable.
Ce même jour, une distraction — un fâcheux s'étant assis sur le trône de l'Empereur-Dieu en l'absence de Nameloc — lui valut un châtiment : conduire cinquante personnes en visite guidée de l'Hostel Ghoria, ploiement de genou devant la peinture impériale compris. Il s'acquitta de cette peine sans broncher, et avec une efficacité que plusieurs visiteurs jugèrent, à leur grande surprise, sincèrement instructive.
Carrière militaire
Malgré son tempérament prudent et gestionnaire, Nameloc se révèle être un vétéran remarquable. Il a participé à 22 Grandes Batailles sur une période de plus de vingt-cinq ans, de la Révolte des Libertaires jusqu'à La Forge ou la Foi, sans compter nombre de campagnes militaires.
Les Houspilleurs de Nameloc (1013)
Au fil des années, la réputation de Nameloc comme gestionnaire rigoureux et homme de confiance lui valut une responsabilité inattendue pour un cuisinier devenu concierge : le commandement d'un contingent militaire de nettoyage. Au printemps 1013, ses Houspilleurs pacifièrent les dernières poches de résistance rebelle en Carajun, éliminant les séditieux avec une efficacité qui força l'admiration — et sans enregistrer une seule perte parmi les forces ghoréennes. Les chroniques qualifient l'opération de « guerre propre ». Ceux qui connaissaient Nameloc y virent la marque de sa méthode habituelle : planifier dans le détail, prévoir les imprévus, et ne jamais laisser le désordre s'installer une seconde de plus qu'il ne le fallait.
Intendant
Sa nomination au titre d'Intendant de Gorghor Baey ne surprit personne qui l'avait vu à l'œuvre. Il reçut également, en récompense de ses services, le titre de Baron de Formont — domaine qu'il administre, dit-on, avec le même soin scrupuleux qu'il avait toujours mis à administrer les caves de son père. À ceux qui lui demandaient si la noblesse lui a changé les idées, il répond qu'il avait surtout acquis un banc personnel dans le Castel — qu'il pouvait rarement utiliser.
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